La République démocratique du Congo a franchi une étape décisive dans son histoire urbaine avec la pose de la première pierre du projet d’extension de la ville de Kinshasa vers Maluku. Baptisé « Kinshasa Kia Mona », ce vaste programme intègre une cité industrielle et un complexe hospitalier moderne, et ambitionne de transformer durablement le visage économique, social et urbain de la capitale congolaise.
Présidée par le Chef de l’État, la cérémonie a été présentée par le Gouvernement comme bien plus qu’un simple lancement de travaux. Elle marque, selon Alexis Gisaro Muvunyi ministre d’État, ministre de l’urbanisme et Habitat, un acte politique majeur et une rupture assumée avec des décennies d’urbanisation anarchique, peu productive et mal maîtrisée. Pour l’Exécutif, ce projet symbolise la reprise en main de l’espace urbain, du développement économique et de l’avenir de la capitale.

Répondre au chaos urbain de Kinshasa
Avec plus de 16 millions d’habitants et un taux de croissance urbaine annuel estimé à 5,1 %, Kinshasa est aujourd’hui l’une des villes à la croissance la plus rapide d’Afrique centrale. D’ici 2030, elle pourrait devenir la plus grande métropole du continent. Mais cette expansion non planifiée a entraîné de lourdes contreperformances : occupation anarchique des sols, congestion extrême, déficit d’emplois formels, faiblesse du tissu industriel, hyperconcentration des fonctions économiques dans la commune de la Gombe, sans oublier les inondations, l’insalubrité et la vulnérabilité climatique.
Face à ce constat, le Gouvernement affirme avoir opté pour une réponse structurelle et planifiée, faisant de la planification urbaine un véritable levier de développement économique.
Le projet « Kinshasa Kia Mona » repose sur une logique inverse de celle longtemps observée : l’industrie précède la ville. La première phase concerne la Cité industrielle de Maluku, qui s’étend sur 75 km², au cœur d’une ville nouvelle projetée sur 430 km². Elle accueillera des unités de production, des ateliers de transformation, des entrepôts logistiques ainsi que des infrastructures énergétiques et routières.

Ces installations industrielles constituent le moteur économique du projet et devront générer les ressources nécessaires à la construction progressive des zones résidentielles et des équipements urbains : logements, écoles, hôpitaux, marchés et espaces verts. L’objectif est clair : bâtir une ville du XXIᵉ siècle, planifiée avant d’être occupée, viabilisée avant d’être lotie, et conforme aux standards internationaux.
Sur le plan économique, les ambitions sont considérables. En cinq ans, près de 1 200 usines devraient être construites et progressivement optimisées. Le projet table sur 225 000 emplois directs en dix ans, dont 30 000 dès la première année, avec la mise en service de 160 usines.
À travers cette cité industrielle, le Gouvernement entend promouvoir la production locale afin de réduire la dépendance aux importations, abaisser le coût des biens de consommation, renforcer la monnaie nationale et consolider la souveraineté économique. Grâce à sa position stratégique, Maluku est appelée à devenir à la fois une plateforme de production nationale et un hub d’exportation régionale.
Au-delà des infrastructures, a dit Alexis Gisaro,« Kinshasa Kia Mona » se veut un projet de société. Dès la première phase, un complexe hospitalier moderne sera érigé, baptisé « Infirmière Maman Marthe Kasalu », en hommage à cette figure emblématique de la lutte démocratique aux côtés du Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Une cité résidentielle est également prévue afin de permettre aux travailleurs de vivre à proximité de leurs lieux d’emploi, dans un cadre planifié et assaini.
Le projet intègre par ailleurs des programmes de formation professionnelle, destinés à préparer la jeunesse congolaise aux métiers industriels et urbains de demain, tout en favorisant l’implication des petites et moyennes entreprises à travers la sous-traitance locale.

Un projet stratégique pour le quinquennat
Le patron de l’urbanisme en RDC, a souligné que ce projet traduit concrètement plusieurs engagements majeurs du Programme d’Action Gouvernemental 2023–2028, notamment la création d’emplois, le renforcement du pouvoir d’achat et la diversification de l’économie. Deux actes clés ont déjà été posés : la signature, le 23 octobre 2025, d’une convention de collaboration avec la société Sino Congo Economic Development Zone SARL, et l’adoption, le 19 décembre 2025, d’un décret réorganisant le Comité stratégique de supervision du projet.
Les travaux de la Cité industrielle devraient débuter au premier trimestre 2026.
Un modèle pour la ville congolaise de demain
En posant cette première pierre, le Président Félix tshisekedi a voulu envoyer un message fort : le temps de l’improvisation et du désordre urbain est révolu. Pour les autorités, Maluku doit devenir le modèle de la ville congolaise de demain, symbole d’une renaissance urbaine et industrielle appelée à inspirer d’autres projets, notamment le long des corridors stratégiques de Lobito et d’Inga.
Le Gouvernement a enfin appelé la population kinoise et le secteur privé à s’approprier ce projet structurant, dans le strict respect des plans d’urbanisation et des cahiers de charges, afin que « Kinshasa Kia Mona » tienne toutes ses promesses.
