À Kinshasa, la communauté Banyamulenge a commémoré, mardi 17 mars 2026, le 46ᵉ anniversaire de la disparition de l’honorable Gisaro Muhoza Isaac Frédéric. La cérémonie s’est tenue à l’Hôtel Béatrice, en présence de plusieurs personnalités politiques, membres de la communauté et notables du Sud-Kivu.
La journée a débuté par un culte d’action de grâce organisé sur le lieu de la commémoration. L’officiant du jour a salué la mémoire d’un homme « rappelé tôt par le Père » à seulement 38 ans, tout en soulignant l’héritage laissé par cet illustre disparu. « Nous sommes venus honorer ce qu’a été la vie de ce héros. Quand nous pensons à lui, nous réalisons qu’il a beaucoup semé », a-t-il déclaré.
Prenant la parole, l’élu d’Uvira, Elvis Kena, a rappelé que Gisaro Muhoza fut le premier membre de la communauté Banyamulenge à obtenir une licence universitaire. Il a également retracé son parcours remarquable, marqué par ses engagements administratif, politique et économique.
Élu commissaire du peuple en 1970, puis député national en 1976 pour la ville d’Uvira, il s’est illustré comme un fervent défenseur de l’éducation, qu’il considérait comme un droit fondamental.
Homme d’État accompli, Gisaro Muhoza a consacré sa vie à la lutte contre le tribalisme et toutes les formes de discrimination. Reconnu pour son leadership charismatique, son sens élevé du savoir-vivre et sa capacité à fédérer, il a su tisser un réseau influent à travers le pays. Pour beaucoup, il demeure un symbole de patriotisme et d’unité nationale.
Le moment des témoignages a été marqué par l’intervention de Béatrice Gisaro, première fille de la famille Gisaro, qui a rendu hommage à leur mère encore vivante pour le travail qu’elle a su faire après le départ brusque de son mari.
«Papa, ton départ brusque a laissé un vide immense dans nos vies. Nous étions encore jeunes, fragiles, et l’avenir semblait incertain. Mais aujourd’hui, en regardant le chemin parcouru, nous réalisons que ton héritage ne s’est jamais éteint. Il a continué de vivre à travers les valeurs que tu nous as transmises : le courage, la dignité et le sens du devoir.»
E d’ajouter «Je voudrais, en ce moment solennel, rendre un hommage tout particulier à notre mère, cette femme forte et digne, qui est encore parmi nous. Après ton départ, elle a porté sur ses épaules le poids de toute une famille. Avec détermination, amour et sacrifices, elle a su nous élever, nous encadrer et nous guider. Elle a été à la fois mère et père, refuge et repère.Maman, aujourd’hui, nous te disons merci. Merci pour les nuits sans sommeil, pour les sacrifices silencieux, pour les larmes cachées derrière un sourire rassurant. Merci d’avoir maintenu vivante la mémoire de papa et de nous avoir appris à en être dignes.», a t’elle renchéri
Dans ce même cadre, Alexis Gisaro Muvunyi, Ministre d’Etat, ministre de l’urbanisme et Habitat et fils aîné de l’illustre disparu , qui a exprimé sa gratitude envers les participants. Il a souligné que, 46 ans après sa disparition, la mémoire de l’honorable continue d’éclairer la conscience collective. « Son engagement politique et moral demeure une source d’inspiration. L’empreinte qu’il a laissée perdurera », a-t-il affirmé.
Selon lui, l’héritage de Gisaro Muhoza repose sur trois piliers essentiels : l’affirmation claire de l’identité congolaise, l’unité nationale et la cohésion entre communautés, ainsi que le sens du sacrifice pour les générations futures.
Dans un contexte marqué par les tensions dans l’Est du pays, il a insisté sur la nécessité de privilégier l’État de droit et la justice pour résoudre les conflits, plutôt que le recours aux forces extérieures.
Dans le même esprit, il a dénoncé toute tentative d’opposer les communautés, rappelant que les Banyamulenge sont des Congolais à part entière. « Les opposer à la nation, c’est trahir les idéaux de Gisaro Muhoza », a-t-il martelé.
De son côté, le deuxième Vice Président du sénat et fils du coin Modeste Bahati Lukwebo, a salué la portée symbolique de cette commémoration. « Notre rencontre est significative, surtout en cette période difficile pour nos provinces. Les nouvelles en provenance de l’Est sont préoccupantes, mais notre présence ici est un message fort », a-t-il déclaré.
Né dans la localité de Bafulero, territoire d’Uvira, Gisaro Muhoza est décédé le 16 mars 1980 à Bujumbura, dans un accident de circulation. Père de six enfants, il laisse derrière lui un héritage politique et moral qui continue d’inspirer plusieurs générations.
La cérémonie s’est déroulée en présence de nombreux notables du Sud-Kivu, venus rendre hommage à une figure emblématique dont les idéaux restent d’actualité dans un pays en quête de cohésion et de stabilité.





