La commune rurale de Maluku, dans la partie orientale de la ville-province de Kinshasa, continue de vivre sous la menace persistante d’hommes armés présentés comme appartenant à la milice Mobondo, groupe communautaire déjà impliqué dans les violences récurrentes dans l’espace Teke – et le yaka. Depuis plusieurs mois, l’insécurité y atteint un niveau préoccupant, sans que les autorités compétentes n’y apportent une réponse à la hauteur de la gravité de la situation.
Dans une déclaration devenue virale, Alexis Kabambi, cadre d’Ensemble pour la République, formation politique de l’opposant Moïse Katumbi, ne mâche pas ses mots. Il pointe directement du doigt le régime en place, qu’il accuse de laisser prospérer délibérément cette instabilité, au détriment des populations locales. Selon lui, les faits observés à Maluku ne relèvent plus d’une simple faiblesse opérationnelle, mais s’inscrivent dans un schéma de passivité entretenue par les autorités, au point de nourrir des interrogations profondes sur leurs véritables motivations.
Longtemps considérée comme zone tampon entre la capitale et les provinces voisines, Maluku est aujourd’hui l’un des foyers d’insécurité les plus préoccupants de Kinshasa. Des sources locales rapportent des incursions régulières de groupes armés, des attaques contre les agriculteurs et les éleveurs, des enlèvements avec demandes de rançon, ainsi que des déplacements massifs de familles cherchant refuge dans des camps improvisés. Certains villages forestiers, notamment autour de Mongata, Mbakana et Menkao, ne sont désormais accessibles qu’avec une extrême prudence, parfois sous escorte des forces locales.
Pour Alexis Kabambi, ces violences répétées révèlent davantage une défaillance volontaire qu’un déficit de moyens. « Lorsque l’insécurité persiste pendant des mois sans réaction stratégique cohérente, il faut cesser de parler d’impuissance. Nous sommes face à un climat d’instabilité entretenu, rendu possible par la passivité, voire la permissivité, des autorités de ce régime », dénonce-t-il.
Il fustige par ailleurs les interventions militaires, souvent annoncées à grand renfort de communication, mais qui, sur le terrain, se limitent à des opérations sporadiques sans impact durable. À l’en croire, ces actions ne s’attaquent ni aux réseaux qui soutiennent ces groupes armés, ni aux motivations profondes qui alimentent leur expansion. Il évoque même la possibilité d’une instrumentalisation politique de l’insécurité, destinée à fragiliser certaines communautés et à imposer une forme de contrôle territorial au profit d’intérêts bien identifiés.
« Je ne dis pas que l’État crée l’insécurité. Mais le manque de réaction structurée laisse penser qu’elle sert certains agendas. C’est ce que nous devons éclaircir. Et comme on dit, qui ne dit mot consent », martèle-t-il.
Pendant ce temps, à l’Est, la guerre s’enlise, les populations souffrent, et l’État peine à reprendre le contrôle des territoires disputés.
Pour Kabambi, le message est clair : le pouvoir se cache derrière cette insécurité pour justifier un nouveau glissement électoral. Une stratégie déjà trop souvent utilisée dans l’histoire politique de la RDC, où les scrutins reportés ont fini par devenir une mauvaise habitude.
Dans ses prises de position publiques, Félix Tshisekedi assure que les élections se tiendront comme prévu. Mais pour une partie de l’opposition, ces promesses ne suffisent plus. Elles voient dans la situation actuelle une manœuvre : laisser pourrir la crise sécuritaire afin d’expliquer demain qu’“il est impossible d’organiser des élections dans ces conditions”.
Kabambi s’inscrit dans ce courant critique et appelle la population à rester vigilante : “L’insécurité ne peut pas devenir un outil de prolongation du pouvoir.”
Les Congolais se souviennent encore du traumatisme politique des glissements précédents, des années d’incertitude institutionnelle, des mandats prolongés de fait, sans légitimité électorale. Pour beaucoup, il n’est plus question de revivre ce scénario.
Le pays est fatigué des promesses, fatigué des stratégies politiciennes, fatigué de servir de variable d’ajustement dans des calculs de pouvoir.
Dans un contexte aussi explosif, les autorités doivent prouver que les élections ne seront ni retardées, ni manipulées, ni instrumentalisées. La transparence n’est plus une demande :« c’est une exigence nationale».
