La question de la spoliation des biens immobiliers et fonciers de l’État, communément appelée « Folio », a une nouvelle fois été mise sur la table. Et cette fois, le constat est alarmant : si rien n’est fait de manière concertée et urgente, Kinshasa risque de ne plus disposer d’espaces publics.
Invité par le premier président de la Cour de cassation à échanger sur cette problématique, le ministre d’État, ministre de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, n’a pas mâché ses mots. D’entrée de jeu, il a tenu à remercier la haute autorité judiciaire pour cette initiative, rappelant que ce phénomène touche l’ensemble de la société et affecte directement la gestion des patrimoines immobiliers de l’État, qui relève de ses attributions quotidiennes.

« C’est du jour le jour que je vis les conséquences de ce phénomène qui nous réunit aujourd’hui », a-t-il déclaré, avant de dresser un constat préoccupant : la spoliation ne se limite plus aux maisons de l’État, mais s’étend désormais aux espaces publics, menaçant l’équilibre urbain de la capitale congolaise.
Le ministre a également levé le voile sur une réalité dérangeante. Contrairement aux idées reçues, les véritables bénéficiaires des titres frauduleux ne sont pas toujours des tiers anonymes. « Malheureusement, ce sont souvent nous-mêmes : détenteurs du pouvoir législatif, exécutif, militaires, bref, les autorités », a-t-il reconnu, évoquant des complicités internes, notamment avec certains agents de l’urbanisme, pour obtenir des actes de désaffectation illégaux.
L’ampleur du phénomène est telle que même des lieux emblématiques ne sont pas épargnés. À titre d’exemple, Alexis Gisaro a cité le rond-point Gambela, un espace public pourtant bien connu, sous lequel existerait un titre de propriété dûment établi. Face à cette dérive, une mesure forte a été prise : aucun permis de construire ne sera désormais délivré à Kinshasa pour le lotissement ou la construction d’immeubles, a-t-il annoncé.

De son côté, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a rappelé que la lutte contre la spoliation foncière s’inscrit dans une volonté politique claire, impulsée par le Président de la République et la Première ministre. Quatre ministères à savoir la Justice, Affaires foncières, Urbanisme et Infrastructures , ainsi que l’Agence de protection des biens immobiliers de l’État ont été instruits de travailler ensemble pour éradiquer ce fléau.
Cette dynamique a notamment conduit à l’adoption de la loi dite “Nsele”, visant à sécuriser les biens immobiliers de l’État. Pour Guillaume Ngefa, la question du Folio dépasse le cadre administratif et politique : « Elle est aussi judiciaire », a-t-il insisté, soulignant le rôle central de la justice dans la mise en œuvre effective de cette loi.
Alors que les autorités appellent à une synergie d’actions et à une application rigoureuse des textes, une chose est désormais claire : la spoliation foncière n’est plus un secret d’État, mais un mal systémique. La bataille pour sauver les biens publics et privés est engagée, et c’est l’avenir urbain de Kinshasa qui se joue.
