L’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Mike Waltz, a lancé ce vendredi 13 décembre une charge sans précédent contre le Rwanda lors d’une session du Conseil de sécurité consacrée à la situation explosive dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Washington affirme disposer de « nouvelles informations » sur la portée de l’implication rwandaise dans le conflit qui ravage la région du Kivu depuis plus d’une décennie, et accuse Kigali de piloter directement les opérations militaires du M23.
Selon Mike Waltz, le Rwanda aurait non seulement renforcé son soutien logistique et opérationnel au M23, mais exercerait depuis 2021 un contrôle direct sur le mouvement rebelle congolais ainsi que sur sa branche politique, l’Alliance du fleuve Congo (AFC). Ces structures seraient devenues, selon lui, des instruments permettant au Rwanda de poursuivre ses objectifs géopolitiques dans l’Est congolais.
Paul Kagame personnellement impliqué
Dans une déclaration particulièrement grave, l’ambassadeur américain a affirmé que le président rwandais Paul Kagame « participe intimement » à la planification et à l’exécution de la guerre en RDC. Il aurait, toujours selon Waltz, donné depuis plusieurs années des instructions militaires et politiques directes aux forces engagées sur le terrain.
Les Forces de défense rwandaises (RDF) seraient allées bien au-delà d’un soutien indirect, en dépêchant entre 5 000 et 7 000 soldats sur le territoire congolais, aux côtés du M23. Les rebelles bénéficieraient d’un flux constant de matériel, de formation et d’appui logistique fournis par Kigali.
Les États-Unis affirment que le Rwanda a récemment déployé des armements de plus en plus sophistiqués pour consolider les positions du M23 face aux FARDC. Parmi eux : des systèmes de missiles sol-air et des drones suicides, utilisés aussi bien par les rebelles que par les forces rwandaises. Des frappes auraient également été recensées jusque sur le territoire du Burundi, aggravant l’instabilité régionale.
Selon Waltz, une nouvelle offensive aurait été lancée le week-end dernier par le M23 et les forces rwandaises pour tenter de s’emparer de la ville stratégique d’Uvira, au Sud-Kivu, présence rwandaise à l’appui sur les lignes de front.
Face à cette escalade, Washington estime que Kigali « entraîne la région vers une instabilité croissante et vers la guerre », en contradiction avec les engagements pris auprès des États-Unis et des organisations régionales. L’ambassadeur Waltz a prévenu que les États-Unis « utiliseront tous les outils à leur disposition » pour répondre à la situation, exigeant notamment le retrait complet des forces rwandaises de la RDC.
Il a également appelé les parties à la retenue, tout en réaffirmant le soutien américain à une MONUSCO « dotée de capacités suffisantes » pour protéger les civils et contribuer à stabiliser la région.
Ces accusations publiques, d’une intensité rarement observée dans les échanges diplomatiques entre Washington et Kigali, marquent un tournant potentiellement décisif. Elles interviennent alors que la situation militaire se détériore rapidement dans l’Est congolais et que les rapports internationaux se font de plus en plus alarmants sur la gravité du conflit.
